Les jeunes et l'anaphylaxie
Lois King, bénévole AIAA, Ottawa (Ontario)
Apprendre, s’Abstenir et Agir pour parvenir à l’indépendance sans danger
Les parents d’enfants anaphylactiques ont beaucoup profité du travail réalisé par des bénévoles de l’AIAA au fil des ans pour accroître la sensibilisation dans les écoles, les centres de la petite enfance, les camps, les installations de loisir et de nombreux groupes offrant des activités aux enfants. Ces milieux sont plus sécuritaires qu’avant pour nos enfants. Cependant, à mesure qu’ils grandissent, il devient de plus en plus difficile de les protéger contre les allergènes et d’autres dangers. Un adolescent* veut et a besoin de se tenir avec ses pairs, de « partir en expédition » voir un film, assister à une réception, participer à une excursion scolaire et faire d’autres activités. Nos jeunes doivent alors apprendre à reconnaître et à éviter les situations et les pratiques dangereuses par eux-mêmes. Il faut qu’ils arrivent à anticiper les défis que pourraient présenter certaines activités et y être préparés. C’est à nous, en tant que parents, de leur enseigner à le faire malgré toutes nos appréhensions.
À l’instar des provinces qui délivrent maintenant des permis aux jeunes ayant montré qu’ils peuvent maîtriser et conduire un véhicule prudemment, nous devons peu à peu transférer à nos enfants la responsabilité de leur santé et de leur sécurité. Pensons qu’à 18 ans, ils pourraient bien quitter la maison pour aller travailler ou étudier à l’extérieur. En plus de savoir faire le lavage, nettoyer la salle de bains, conduire prudemment, se coucher de bonne heure, adopter des pratiques sexuelles sans risque et se nourrir sainement, nos jeunes doivent être prêts à prendre en charge leurs allergies.
Cela leur en fait beaucoup à apprendre mais ils peuvent le faire progressivement en commençant dès leur plus jeune âge. Alors que nos jeunes trouvent de nombreux conseils dans les livres, les médias et la société en général sur tout ce qui les intéresse, nous avançons encore avec prudence en ce qui concerne l’anaphylaxie. Dans un sens, les jeunes d’aujourd’hui sont des pionniers dans le domaine. Ce qui suit n’est certainement pas le seul et unique moyen de s’y prendre mais c’est tout de même un début.
APPRENDRE
Comme pour tout état chronique, c’est aux parents que revient la responsabilité de fournir de l’INFORMATION pertinente au jeune. Rappelez-vous que cela doit avoir été commencé bien avant que les parents aient perdu leur crédibilité aux yeux de leur enfant. Cela commence donc dès le diagnostic à mesure que l’enfant développe sa capacité de compréhension.
Les parents et les jeunes doivent s’efforcer de COMMUNIQUER sur les moyens de relever chaque nouveau défi. Ils doivent élaborer des plans ensemble puis en faire le suivi et l’évaluation. Chaque nouvelle situation amène un nouvel apprentissage pour les deux parties. Encouragez votre enfant à vous faire part de ses impressions afin de demeurer attentif au monde dans lequel il évolue. Son monde est sans doute fort différent de celui de votre propre jeunesse.
Les parents peuvent aider leur jeune adolescent à garder une ATTITUDE POSITIVE vis-à-vis les restrictions. Une simple remarque d’encouragement en privé au jeune qui s’est bien tiré d’une situation lui redonnera confiance sans avoir l’air d’en faire tout un plat.
Les parents doivent être conscients et pouvoir reconnaître les situations de STRESS où peut se trouver leur enfant, par exemple :
- avoir une trop lourde responsabilité pour son âge ;
- devoir retenir sa spontanéité et ses impulsions (un gros stress pour les jeunes !);
- en vouloir aux autres à cause d’insinuations répétées, de plaisanteries, de provocations ou d’accusations comme être « trop gâté » ;
- avoir peur ou être irrité de se trouver le point de mire ;
- craindre de se voir étiqueté « allergique » ;
- avoir des problèmes de coeur ou une peine d’amour – difficulté à être accepté, à faire respecter son allergie, « comment pourrais-je l’embrasser ? » ou autres problèmes avec une fille ou un garçon qui lui plaît beaucoup ;
- s’en faire en pensant qu’on ne sera pas capable de s’en sortir quand il faudra quitter la maison ;
- craindre d’avoir un accident ;
- avoir peur de mourir.
s’ABSTENIR
- Apprenez au jeune à lire les étiquettes des aliments et à déterminer si un produit est sans danger.
- Montrez-lui comment faire les courses et préparer des aliments qui lui conviennent et qui ressemblent le plus possible à la « bouffe ordinaire » consommée par ses amis. Servez de ces aliments quand ceux-ci viennent le voir à la maison. Certains jeunes aiment recevoir leurs amis pour le repas. C’est un bon prétexte pour leur apprendre à cuisiner.
- Encouragez-le à prendre l’habitude d’emporter une collation ou une boisson. Il pourrait avoir faim soudainement ou changer ses plans. Un adolescent affamé est plus susceptible de prendre des risques.
- Identifiez des gourmandises « sans danger » qu’on peut se procurer chez le dépanneur même si elles n’ont pas de valeur nutritive. Faites la même chose pour les aliments qu’on pourrait lui offrir chez des amis : fruits, légumes, croustilles, bretzels, etc.
- Parlez-lui de la contamination croisée et comment elle peut se produire dans un environnement non protégé. Discutez des moyens d’atténuer le problème afin que l’adolescent se sente à l’aise et profite de ses sorties entre amis.
LA PLUPART DES ACCIDENTS ARRIVENT QUAND LA ROUTINE HABITUELLE EST PERTURBÉE !
Les réceptions et les événements spéciaux présentent toujours plus de risques qu’une journée ordinaire à la maison ou à l’école. Informez vos enfants des dangers de l’alcool qui, en particulier, diminue les inhibitions et accentue les réactions allergiques.
AGIR
Il appartient à la fois au jeune et à ses parents de s’assurer d’avoir les médicaments nécessaires. À cet âge, cela devrait être devenu un réflexe automatique chez le jeune que ses parents devraient surveiller discrètement. Pour les excursions et les voyages sans parents, la mère peut (si elle y tient vraiment) lui faire une liste « achalante » – « As-tu ta casquette ? N’oublie pas ta crème solaire, une gourmandise, tes EpiPen®, ta pompe, ta carte d’assurance-maladie, ton chandail de rechange ! »
Parents et enfants doivent savoir que le plan d’urgence s’applique en toutes circonstances. Les amis de l’adolescent doivent au moins savoir qu’il pourrait avoir un problème et comment l’aider en cas d’urgence. (Ils connaissent sans doute déjà un peu la question.)
Parents et enfants devraient vérifier occasionnellement s’ils s’accordent toujours sur le plan d’urgence et voir s’il y a lieu d’y apporter des changements.
Il faut faire participer le plus possible les adolescents à la transmission de l’information sur leurs allergies à leur école et à leurs enseignants ainsi qu’à l’obtention des formulaires que leurs parents doivent remplir. Aucun jeune ne le fera volontairement. Les parents doivent donc continuer de s’en assurer chaque année, spécialement lorsque leur enfant arrive au secondaire ou dans une polyvalente où il y a beaucoup d’élèves.
Négocier avec un ado
Essayez d’éviter de dire « non » à une activité à cause d’une allergie. Encouragez plutôt votre ado à identifier toute difficulté susceptible de se présenter. Par exemple, vous pourriez lui demander : « Comment ferais-tu pour contourner le problème ? » « Où crois-tu que tu aurais besoin d’aide ? » et « Cette activité est-elle vraiment si importante à tes yeux ? » « Vaut-elle vraiment toute la peine que cela va te donner ? ». Le principe demeure le même, qu’il s’agisse d’une sortie au cinéma ou d’un voyage en Europe avec l’école.
* Dans cet article, la forme du masculin est utilisée afin d’alléger le texte et sans discrimination.
Info asthme allergies, numéro 1 2006
