Association d'information sur l'allergie et l'asthme

Le reflux gastro-oesophagien (RGO) pathologique

James R. Gray, MD, FRCP(C), professeur adjoint d’enseignement clinique, faculté de médecine, division de gastro-entérologie, Université de la Colombie-Britannique et président du conseil médical consultatif de la Canadian Society of Intestinal Research

Le reflux gastro-oesophagien (RGO) peut constituer un facteur important dans la cause ou l’aggravation de l’asthme ou des symptômes de la toux, spécialement chez les personnes qui ne répondent pas au traitement normal de l’asthme. Obtenir un diagnostic de RGO ainsi que le traitement approprié vous permettra de mieux maîtriser vos symptômes de cette maladie tout en réduisant possiblement ceux de l’asthme. Il arrive que ces deux affections coexistent. Dans ce cas, l’absence de traitement peut augmenter la gravité de chacune d’elles. L’une et l’autre doivent être traitées séparément. Cet article s’intéresse au RGO.

Le reflux gastro-oesophagien se manifeste lorsque la partie supérieure du tube digestif ne fonctionne pas correctement. L’oesophage est un tube musculaire qui relie la bouche à l’estomac. Suivant une digestion normale, un anneau musculaire spécial, situé au bas de l’oesophage et appelé sphincter inférieur de l’oesophage ou SIO, se relâche pour laisser passer la nourriture dans l’estomac puis se contracte rapidement pour empêcher son reflux dans l’oesophage. Il est possible que le SIO ne fonctionne pas correctement et laisse le contenu de l’estomac, y compris la nourriture et les sucs digestifs comme l’acide chlorhydrique, remonter dans l’oesophage. Chez les personnes atteintes de RGO, ce refoulement est permanent.

Le reflux acide est responsable de la plupart des symptômes et dommages liés à l’oesophage. Plus de 20 % des Canadiens et des Canadiennes éprouvent des symptômes récurrents de RGO. Des études révèlent qu’il aurait des effets nuisibles significatifs sur le bien-être et la qualité de vie.

Symptômes

Les brûlures d’estomac constituent le symptôme le plus courant de RGO. Il s’agit habituellement d’un douleur brûlante à la poitrine, qui débute derrière le sternum et se déplace vers le cou et la gorge. Cette douleur peut durer jusqu’à deux heures et elle empire souvent au moment de manger ou de s’allonger. Elle est causée par l’acide gastrique quand il remonte sur la paroi de l’oesophage car celui-ci ne bénéficie pas d’une couche protectrice comme en a l’estomac.

Plusieurs personnes ont aussi une sensation de nourriture ou de liquide qui remonte dans la gorge ou la bouche en leur laissant un goût aigre ou amer (régurgitation), spécialement quand elles se penchent ou s’allongent. De nombreux Canadiens et Canadiennes ont des brûlures d’estomac ou régurgitent de temps en temps. De tels symptômes deviennent fréquents chez les personnes atteintes de RGO.

Ces patients peuvent aussi ressentir des symptômes atypiques : mal de gorge persistant, voix rauque, toux chronique, difficulté ou douleur à avaler, asthme, douleur à la poitrine inexpliquée, mauvaise haleine et plénitude inconfortable après les repas.

Dans certains cas, l’acide gastrique remonte dans le sphincter supérieur de l’oesophage, ou SSO, jusque dans la gorge et il endommage les structures qui y sont liées. Cette affection, appelée reflux laryngo-pharyngé (RLP), est devenue un diagnostic à considérer par les médecins dont les patients s’éclaircissent la gorge, toussent et ont la sensation d’un noeud dans la gorge de manière chronique. Il se peut que l’acide qui traîne dans la gorge soit respiré par les poumons. Cela irrite le délicat tissu pulmonaire et provoque des symptômes semblables à ceux des maladies courantes des poumons.

Trop de reflux d’acide gastrique peut entraîner une inflammation de l’oesophage (oesophagite), un saignement ou des ulcères à l’oesophage. Une cicatrisation chronique peut mener au rétrécissement de l’oesophage, nuire à la capacité d’avaler et nécessiter une intervention chirurgicale. Quelques patients souffriront de l’oesophage de Barrett, une affection caractérisé par une détérioration grave des cellules qui recouvrent la partie inférieure de l’oesophage. Les médecins estiment que l’oesophage de Barrett accentue les possibilités de contracter un cancer oesophagien. N’hésitez pas à consulter votre médecin si vos symptômes de RGO changent.

Diagnostic

Dans la plupart des cas, si vos principaux symptômes sont des brûlures d’estomac ou une régurgitation acide, votre médecin pourra établir un diagnostic de RGO avec exactitude. Parfois cependant, des tests sont nécessaires pour confirmer le diagnostic ou évaluer jusqu’à quel point l’oesophage est endommagé tout en éliminant d’autres origines possibles des symptômes. Ces tests peuvent comprendre le transit oeso-gastro-duodénal, une endoscopie du tube digestif supérieur et une mesure du pH oesophagien sur 24 heures. On procède aussi, bien que moins souvent, au test Bernstein et à la manométrie oesophagienne.

Maîtrise

Changement de mode de vie et de régime alimentaire. Bien que les données cliniques suggèrent que des modifications au mode de vie et à l’alimentation ne suffisent pas habituellement à vaincre un RGO chronique, il se peut que votre médecin fassent des recommandations sur votre régime alimentaire afin d’augmenter votre confort. Les aliments irritants varient d’une personne à l’autre. Cherchez donc à limiter dans votre propre régime les aliments qui vous irritent l’estomac. Éviter les trop grosses portions au repas en mangeant moins et plus souvent peut aider à maîtriser vos symptômes. Plusieurs personnes qui souffrent d’embonpoint verront leurs symptômes soulagés en perdant du poids étant donné que les kilos en trop mettent de la pression sur le tube digestif et nuisent à sa fonction. Il est aussi important d’arrêter de fumer si l’on veut réduire les symptômes de RGO. Des études indiquent que fumer relâche le SIO. Par ailleurs, les patients doivent éviter de s’allonger juste après avoir mangé et ne rien consommer de deux à trois heures avant le coucher. Relever la tête du lit d’une quinzaine de centimètres peut aussi aider mais ne le faites pas avec une pile d’oreillers car vous forcez alors votre corps à se plier et pouvez ainsi accroître la pression abdominale.

Médicaments. Le traitement du RGO au moyen de la médication part de deux approches principales : la neutralisation de l’acide et le blocage de sa production.

Pour neutraliser les acides, des médicaments en vente libre comme Maalox®, Tums® et le bismuth (Pepto-Bismol®) peuvent atténuer les symptômes. Certains patients trouvent que ces antiacides sans prescription offrent un soulagement rapide, temporaire ou partiel. Ils ne préviennent pas pour autant les brûlures d’estomac. Si vous utilisez des antiacides pendant plus de trois semaines, vous devez consulter votre médecin.

Deux classes de médicaments suppriment la sécrétion d’acide gastrique, à savoir : les antagonistes des récepteurs H2 (ARH2) et les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP).

Les ARH2 agissent en bloquant l’histamine qui a pour effet de stimuler la production d’acide par certaines cellules de l’estomac. Ces médicaments comprennent la cimétidine, la ranitidine (Zantac®), la famotidine (Pepcid®) et la nizatidine (Axid®). Les ARH2 sont tous offerts par ordonnance; certains sont disponibles en vente libre en petites doses.

De leur côté les IPP agissent en bloquant l’enzyme nécessaire à la sécrétion d’acide. Ces médicaments comprennent l’oméprazole (Losec®), le lansoprazole (Prevacid®), le pantoprazole (Pantoloc®), l’ésoméprazole (Nexium®) et le rabéprazole (ParietMC). Au Canada, les IPP ne sont disponibles que sur ordonnance. Ils s’avèrent le traitement le plus efficace pour soulager les symptômes et améliorer la qualité de vie tout en guérissant et en prévenant les dommages à l’oesophage chez les personnes atteintes de RGO. Si vous préférez prendre un médicament sous forme liquide, vous pouvez mélanger Nexium® avec de l’eau. Certains IPP viennent en préparations pour enfants en bas âge aussi jeunes que 1 an. Pour être pleinement efficaces, il faut les prendre au moins une fois par jour pendant huit semaines même si le soulagement des symptômes intervient après deux jours environ.

La métoclopramide et le maléate de dompéridone sont deux médicaments utilisés pour réduire le reflux en augmentant la pression sur le SIO et les contractions oesophagiennes vers les bas. Enfin, Iberogast® est un agent pro-cinétique à base de plantes qui aide à réguler la motilité et à améliorer les symptômes de RGO.

Tous ces médicaments correspondent à des régimes de traitement spécifiques qu’il faut suivre attentivement pour qu’ils agissent au maximum. La combinaison de ces mesures réussit habituellement à maîtriser les symptômes de reflux acide. Certains médicaments et suppléments peuvent toutefois aggraver vos symptômes. Assurez-vous donc de consulter votre médecin ou pharmacien si vous avez des questions.

Perspectives

Les médicaments ainsi que les changements apportés au mode de vie et à l’alimentation permettent de maîtriser le RGO dans la plupart des cas. De graves complications sont rares. Le RGO demeure affection chronique pouvant aller de légère à grave.

Source : article adapté de l’information aux patients publiée par la Canadian Society of Intestinal Research, avec sa permission.

Info asthme allergies, numéro 4 2008

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